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Déclic : De militaire à horloger, une rencontre avec Denis

Quand on se lance dans une reconversion professionnelle, on peut parfois avoir des craintes et ne pas oser se lancer. Mais s’il y a bien quelque chose que Denis, nous transmet aujourd’hui, c’est qu’avec beaucoup de motivation et d’énergie, tout est possible !

Publié le 25 avril 2022 | Rubrique : Le déclic
Publié le 25 avril 2022 | Rubrique : Le déclic

Après avoir été officier dans l’armée de l’air où il a servi pendant 32 ans, Denis est aujourd’hui horloger au sein du groupe Richemont, au pôle diagnostique. Il déploie toutes ses compétences techniques pour de grandes marques comme Cartier, IWC, Officine Panerai et maintenant Vacheron Constantin.

Aujourd’hui, il nous raconte son parcours aussi étonnant qu’inspirant !

Que faisiez-vous avant d’être horloger ?

Avant de changer de vie professionnelle, j’étais militaire. J’ai commencé ma carrière dans l’armée de l’air à 18 ans comme mécanicien avion. Puis j’ai gravi les échelons, passé le concours pour être officier et j’ai poursuivi ma carrière comme officier dans les télécommunications qui est un domaine interarmées. Et j’y suis resté finalement 32 années. 

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Quelle est la date de votre déclic ?

La date du « déclic » est précise : un jour de l’année 2017, dans une boutique Lange & Söhne, à Dubaï, mais le processus intellectuel pour arriver à ce déclic a été le fruit de plusieurs années de réflexions.

En 2015, je savais que j’allais atteindre le grade le plus élevé qu’il me serait possible d’atteindre au sein de l’armée. Je précise que rien ne me pressait à partir. J’aimais mon métier malgré ses nombreuses contraintes et j’y ai toujours trouvé une source d’épanouissement, d’enrichissement et de partage de mon savoir-faire. Malgré cela et paradoxalement, j’étais à peu près sûr d’une chose pour ma reconversion : je ne voulais pas rester dans le même domaine !

Je voulais travailler de mes mains, dans un domaine plus artisanal et plus « serein ». En gardant, si possible, une certaine forme de technicité car j’aime toujours la mécanique. Les idées s’enchainaient. Travailler le bois ? Le fer ? Pourquoi pas coutelier ? Comme j’aime aussi la nature, j’ai un temps pensé à jardinier paysagiste ou fleuriste… À chaque idée, je faisais le bilan de mon intérêt pour le domaine, des contraintes et de mes capacités, tant intellectuelles que physiques. L’aspect financier n’a pas été un paramètre essentiel. Je voulais juste qu’en cumulant ma pension et mon futur salaire, je ne perde pas (trop) sur mes revenus mensuels.

Jusqu’à ce jour aux Émirats Arabes Unis, rien ne m’avait véritablement « accroché ». 

Quel a été ce déclic ? 

Le déclic est survenu dans cette boutique Lange & Söhne dans laquelle, en décoration, était suspendu au plafond, un mouvement mécanique grossi environ 50 fois. Je suis resté scotché devant cette multitude de pièces en strates, toutes plus belles et plus précises les unes que les autres, parfaitement exécutées pour s’imbriquer, interagir, s’entraîner ensemble. C’est le résultat de cette merveilleuse mécanique que j’admirais alors : un affichage harmonieux ou original d’une heure, d’un quantième, d’un temps qui se compte et l’émotion de percevoir, par cette approche esthétique, l’ADN d’une marque. J’étais loin d’imaginer tout le reste. 

Pour faire simple, après les discussions passionnées qui ont suivi et mes propres recherches qui n’ont fait que commencer, j’ai su que c’était ça que je voulais faire : travailler sur ces mécaniques de précision… J’en ai pris conscience sans oser immédiatement le formaliser : je serai horloger. 

Vous souvenez-vous de votre état au moment du déclic ?

Je n’exagérais pas si je disais que ça m’a fait l’effet d’une révélation

Je voyais l’aboutissement d’années de réflexions plus ou moins volontaires et de questionnements réguliers sur l’orientation que je voulais donner à ma vie professionnelle. Comme je suis quelqu’un de naturellement passionné et curieux, quand un sujet m’intéresse vraiment, je creuse ! Et plus je lisais de choses, plus je découvrais un monde nouveau, passionnant, d’une richesse technique et historique infinie

Qu’est-ce qui a influencé ce changement de vie ? 

Je dirais simplement ma propre volonté de faire quelque chose qui me plaît et de donner un sens à cette deuxième carrière. Pour reprendre un terme très répandu aujourd’hui, je ne m’épanouissais plus dans mes fonctions. J’avais un savoir-faire mais il me manquait ce petit quelque chose qui fait qu’on a envie d’avancer quoi qu’il arrive. Et quand on « lâche l’affaire », c’est le moral et la santé qui en pâtissent. J’avais donc besoin de retrouver de la passion dans ce que je faisais. 

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Pourquoi le secteur de la Mode et du Luxe ? 

Ce secteur, je ne pense pas l’avoir expressément choisi. Lorsque je suis sorti de l’école d’Horlogerie de Fougères, je voulais travailler sur de « belles marques » parce qu’elles me faisaient rêver. IWC, Jaeger Lecoultre, Vacheron Constantin en faisaient naturellement partie. J’avais aussi bien conscience qu’à l’âge que j’ai, et avec seulement 1 an de formation et sauf à avoir un don caché, je n’allais pas tout de suite (voire pas du tout) faire du rhabillage sur des Lange & Söhne ou des F.P. Journe. J’en ai quand même rêvé et c’est l’amour du beau et du qualitatif qui m’a amené au domaine du luxe, pas l’inverse… Et puis un peu de chance aussi pour avoir eu l’opportunité d’entrer au sein du groupe Richemont moins d’un mois après avoir été diplômé.

Quelle image aviez-vous de ce secteur avant d’y travailler ?

Si je l’ai très modestement côtoyé auparavant, j’avais déjà bien conscience que ce secteur ne serait accessible qu’à travers les articles sur lesquels j’aurais la chance de travailler. Toutes les montres qui passent entre mes mains ne sont pas à moi, certes, mais soyez sûr que c’est tout comme, au moins dans l’attention que je leur porte. Et c’est aussi une grande satisfaction de penser que si ces montres ne sont pas à moi, j’ai des compétences qui me permettent de les connaître bien plus « intimement » que la plupart de leur légitime propriétaire ne le pourraient. C’est aussi pour ça que je suis avide, voire boulimique de connaissances et en demande permanente de développer et approfondir mes compétences. Je veux vivre cette forme de luxe à fond !

Avez-vous facilement trouvé une formation pour devenir horloger ?

Quand ma décision a été prise de m’orienter vers l’horlogerie, j’ai fait un tour assez large des possibilités de formation offertes aux personnes en reconversion professionnelle. Deux visites d’écoles plus tard (au cours de journées portes ouvertes), ma décision était prise au profit de l’École de Fougères. Pour le cadre, l’état d’esprit de passionnés, la qualité des moyens mis à la disposition et des formateurs. La formation basée essentiellement sur la pratique, tout m’a plu instantanément.

Il me restait à faire valider mon projet et cette école qui n’était pas connue des instances en charge de la reconversion des militaires. Cet agrément était très important car il conditionnait la participation financière de l’armée dans cette formation et la validation de mon processus de départ de l’institution. Un bon dossier et beaucoup de motivation ont suffi et j’ai pu concrétiser ce projet majeur engagé des mois auparavant.

Comment cette filière vous a-t-elle accueillie ? 

Très bien ! Sans doute parce que j’avais pour moi une énergie à revendre, une farouche envie d’y arriver et un discours convaincant sur le fait que ce métier était fait pour moi ! Mais ce qui a certainement plaidé en ma faveur également, c’est une/des expériences professionnelles solides et une grande lucidité sur les attentes en début de carrière. J’ai eu très souvent des retours positifs sur ce changement de vie professionnelle assez radical alors que pour moi le défi n’est pas vraiment celui-là. Il serait dans la reconnaissance de mes pairs, de cette filière justement, sur mes compétences horlogères.

Aujourd’hui je remercie Emmanuelle, Aurélien, Christophe et Gwennaëlle, entre autres, qui étaient à plusieurs niveaux de responsabilité, de m’avoir fait confiance et permis de m’intégrer et de m’épanouir au sein de la plateforme et de leur équipe.

À ces remerciements, je souhaite associer également les rencontres extraordinaires que j’ai faites dans la concrétisation de ce beau projet, avec des retours très justes, très motivants. Je tiens à remercier en particulier Christophe qui est horloger chez F.P. Journe et qui a été à la fois motivant et très clair sur certaines limites dont je devais avoir conscience (ce qui était le cas). Il a fait en sorte de pouvoir m’accueillir dans son atelier et rien que ça, ça vous donne envie de réussir ! Je remercie aussi Colin, fondateur de la marque Semper et Adhuc qui a lui aussi un parcours très inspirant et qui a pris du temps pour répondre à mes nombreuses questions. Enfin, je n’aurai pas eu un retour aussi positif de l’École de Fougères sans l’expérience de Corrado, qui est lui aussi horloger dans le monde du Luxe et qui, par ses choix, m’a démontré que la volonté et la détermination ouvre bien des portes.

Que diriez-vous à ce qui n’ont pas encore eu le déclic ?

Je dirais deux choses : la première est qu’il faut être très lucide sur ses besoins, ses capacités et ses envies profondes. Il ne faut négliger aucune piste, ne rien s’interdire à priori et de toujours peser objectivement les avantages et les inconvénients d’une filière, d’un métier, voire d’un emploi dans un métier, rapportés à sa propre situation. Il me semble aussi important de revenir régulièrement sur ses réflexions car avec le temps, on peut changer de priorités.

Pendant cette phase, il faut beaucoup échanger avec des professionnels de la filière sous ses différents aspects (l’artisanat, l’industrie). Si possible essayer le métier par stage ou connaissance, mais en fonction du domaine, cela n’est pas toujours simple.

La deuxième chose, c’est que, quand cela vous « tombe dessus », vous n’avez aucun doute sur le fait que c’est le bon choix, et c’est là qu’il faut oser et surtout foncer !

Savoir pour faire est une campagne organisée par le Comité Stratégique de Filière Mode & Luxe et financée par Opco2i.

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