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Le Déclic : à la rencontre d’Etty Jauffret, une créatrice de joaillerie

Etty Jauffret est une femme qui a décidé qu’un jour, sa passion deviendrait enfin le cœur de sa vie et son métier. Pendant des années, alors qu’elle évoluait dans l’univers bancaire, elle dessinait des bijoux, juste pour elle…

Publié le 30 novembre 2021 | Rubrique : Le déclic
Publié le 30 novembre 2021 | Rubrique : Le déclic

Et puis un jour, c’est le déclic. Fini La Défense, elle trouve une formation et change de vie ! Rencontre avec une créatrice de joaillerie, qui dessine aujourd’hui ses propres lignes de joaillerie.

Que faisiez-vous avant d’être créatrice de joaillerie ?

J’ai une formation d’historienne, je suis médiéviste à la base. J’ai étudié au Canada, puis, j’ai fait un parcours à l’ESCP. Cela m’a permis d’intégrer American Express comme cheffe de produit et j’y suis restée 18 ans, où j’y suis devenue Directrice Europe d’une Business Unit. Puis, je suis partie chez HSBC, où j’ai fini Directrice Marketing.


Comment ce déclic est arrivé ? 

Depuis mon enfance, je n’ai jamais cessé de dessiner mes bijoux. J’ai rarement acheté des bijoux déjà conçus.

J’ai fait de la biologie, des langues, de la médecine médiévale, je n’ai jamais eu peur de faire des études. La seule différence, c’est qu’envisager d’apprendre la joaillerie, c’était beaucoup plus manuel qu’académique.

Étudiante au Canada, j’avais déjà monté une société de bijoux fantaisie, on faisait des barrettes avec des bijoux anciens. Quand je suis venue en France j’ai revendu mes parts. J’ai toujours eu cette envie, en parallèle de mon parcours professionnel, de créer. J’ai toujours eu besoin de développer ma créativité, de « think out of the box ». À un moment donné, j’ai eu envie de créer quelque chose pour moi.

J’ai envoyé mon dossier à l’école Boulle pour un CAP, j’ai été prise, dans le cadre de la formation pour adulte qui réunit 2 années d’étude en une seule.


Vous souvenez-vous de votre état au moment du déclic ? 

Je n’ai pas eu peur, c’est arrivé à un âge où j’ai complètement assumé mon choix. Mon mari m’a encouragé, « Ne reste pas à la banque toute ta vie ! ». Il savait que j’étais faite pour autre chose. Je me suis dit que j’avais besoin de remplir ma tête à nouveau, je ressentais du courage, j’en avais assez de ce que je faisais. Tout le prestige que j’avais par rapport au poste que j’occupais, ça ne m’apportait plus rien.


Qu’est-ce qui a influencé ce changement de vie ? 

Au bout de 12 ans, j’avais fait le tour de mon poste chez HSBC.

Ça faisait 35 ans que j’achetais des pierres dont je ne faisais rien. J’avais aussi déjà cet amour de la précision de l’art. Chaque fois que je portais un bijou que j’avais dessiné, on me disait que c’était sublime, que je n’avais rien à faire dans une banque si j’avais ce talent… On me disait aussi que le goût ne s’apprenait pas. Ce sont tous ces encouragements qui m’ont poussée à passer le cap.


Comment s’est passé votre formation ?

Très bien, j’ai appris à l’école Boulle toutes les bases de la joaillerie. J’ai eu aussi la chance de faire un stage chez Philippe Ferrandis, en fantaisie, qui se rapproche de la joaillerie dans son travail et dans une des plus grandes fonderies de France, ainsi qu’à la bourse du diamant en Israël. Toutes ces expériences m’ont donné envie de créer ma propre marque « Ettyc Paris » !

J’ai donc décidé d’ouvrir mon entreprise, en septembre 2019, juste avant la Covid. J’avais une associée qui est partie juste après le premier confinement. La caractéristique principale de ce que je fais est cette volonté de faire de la joaillerie « propre » et de qualité, avec des matériaux tracés et responsables. Je fais tout fabriquer à Paris dans le 9ème et le 3ème arrondissement. En parallèle d’Ettyc, j’ai été élue trésorière de la BOCI (Chambre syndicale au cœur du bijou).


Quelle image aviez-vous de ce secteur avant d’y travailler ? 

Aucune. Ni a priori positif, ni négatif, j’avais juste envie de savoir, de découvrir, de comprendre, de me lancer un challenge !


Avez-vous facilement trouvé une formation ?

Pas forcément, la RH d’HSBC m’a parlé de la formation à l’école Boulle après présentation de mon projet. J’ai aussi regardé « formation en joaillerie pour adulte » et ça m’a donné la UFBJOP (Union Française de la Bijouterie, Joaillerie, Orfèvrerie, des Pierres & des Perles ) et Boulle à travers le Greta.

J’ai été acceptée tout de suite car j’étais très motivée, et c’était la clé. J’étais la plus âgée dans ma classe, il y avait des gens déjà du métier.

Boulle est à l’opposé de mon domicile, ça me faisait me réveiller à 6h15, je n’avais pas l’habitude, il n’y avait pas de vacances, seulement à Noël. Malgré tout ça, ça ne m’a pas coûté. Quand on est motivé, on ne voit pas les obstacles…


Comment cette filière vous a-t-elle accueillie ? 

Les membres de la BOCI m’ont particulièrement bien accueillie. Ils avaient cette curiosité des nouveaux talents, de gens qui ont des parcours différents et ce que je faisais leur a beaucoup plu.

Pourquoi avoir choisi d’entreprendre ?

J’avais plus du tout envie d’avoir un patron au-dessus. Entendre quoi faire alors qu’on sait ce qu’il faut faire, c’est parfois difficile. C’est une question d’indépendance, de liberté. Ça dépend de ce que vous avez envie de faire, de comment vous avez envie d’y arriver.


Que diriez-vous à celles et ceux qui n’ont pas encore eu le déclic ?

Rester sur place ne fait pas avancer ! Il faut faire un pas en avant, en ayant la passion et la motivation. Le reste vient, si on est à l’heure et qu’on ne craint pas l’erreur, n’importe quel atelier sera intéressé par quiconque aura envie d’apprendre et de grandir.

Savoir pour faire est une campagne organisée par le Comité Stratégique de Filière Mode & Luxe, financée par l’OPCO2i.

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